Entretien avec Jeanine Rivais.
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Jeanine
Rivais : Sylvie Salavera, nous nous sommes rencontrées
voilà bien des années. Nous avions fait un long
entretien sur votre travail, dont nous n'avons plus eu l'occasion de
parler. Y a-t-il quelque chose de nouveau ? Que s'est-il passé
pendant ces années ?
Il me semble que certains changements sont survenus, qui donnent à vos uvres un aspect différent de celles du passé.
Sylvie Salavera : Oui. J'ai voulu retracer l'histoire d'un village de mineurs appelé Figols, dans les Pyrénées catalanes. Il s'agit d'une histoire familiale, c'est celle de mon grand-père. Un enfant qui descend avec tous les hommes de la famille, au fond de la mine. Ce village n'existe plus, maintenant que les mines sont fermées. Mais j'ai fait une sorte d'historique de cette époque.
JR. : Ce tableau me semble construit par strates : la mine, les machines, les rails Et quand on remonte vers le haut du tableau, on trouve un arbre généalogique, avec toute cette famille de mineurs.
SS. : Oui. Il y a tous les outils, et les gens qui tiraient les wagonnets Toute l'ambiance de la mine Et la maison du Comte qui gérait le tout. Il y a même la première grève des mineurs, avec leur arrestation, en 1932. Il faut dire que les mineurs travaillaient dans des conditions désastreuses.
C'est pour moi une manière de garder la mémoire de la famille.
Figols.
JR. : C'est donc une sorte d'hommage. Cette toile est extrêmement " pleine ", sans aucune respiration ; tout s'enchaîne
SS. : Oui, parce qu'ensuite il y a eu la guerre ! La lutte, le front En fait ce grand-père ne s'est jamais reposé. Il a quitté ce village pour aller lutter contre le Franquisme. Il était républicain. Et il n'a plus jamais revu " sa " mine.
JR. : En fait, cette toile est complètement différente des autres !
SS. : Oui. Pas différente dans le trait, ni l'esprit ; il y a toujours autant de monde. Mais dans la conception, parce que c'est une histoire personnelle.
JR. : Les autres, sur des thèmes un peu différents, me rappellent les uvres d'origine : des petits théâtres, avec beaucoup de rouge.
SS. : Certains personnages ont grandi, c'est peut-être un peu la différence ? Des gens qui sortent de l'anonymat. Je ne sais pas si c'est le besoin de m'affirmer avec l'âge ? Mais ils ressortent, et ils sont toujours entourés de tout un petit monde. J'ai travaillé aussi sur des architectures imaginaires : des tours, des plages, des maisons
JR. : L'une de vos uvres me pose tout de même question : c'est un intérieur d'église ?
SS. : Elle est un peu icône
JR. : J'aurais dit : tableau de la Renaissance, avec des personnages filiformes, presque parallèles aux piliers de l'église
SS. : Oui, comme si eux-mêmes faisaient partie de cette architecture.
JR.
: Comme s'ils avaient pris la configuration du lieu ?
SS. : Complètement. C'est tout à fait cela !
JR. : Sommes-nous donc davantage dans le monde de l'humour ?
SS. : Oui, des architectures imaginaires, avec des gens qui gravitent autour. Et puis toujours ces personnages qui sont chaque fois un peu " les stars " du tableau. Une façon de regarder et d'être regardé, par des clowns, par des êtres de fantaisie. Toujours des personnages qui sont un peu en scène, pour le côté dérision, humour
JR. : Nous sommes donc loin de vos arènes et du sang des corridas, de vos personnages tellement sérieux, tellement impliqués
SS. : Je suis, je crois, dans une période plus calme, plus sereine. Beaucoup de choses se sont calmées Je ne sais pas si le fait de me reposer plus, agit sur le mental ? Mais je suis moi-même plus sereine. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle certains personnages s'affirment plus. Ils osent sortir. Ils sont moins cachés
JR. : Moins confidentiels ?
SS. : Oui, plus dans l'échange
Entretien réalisé à Banne le 12 juillet 2007.

VOIR AUSSI "LES PETITS THEATRES EN ROND DE SYLVIE SALAVERA", TEXTE DE JEANINE RIVAIS. RUBRIQUE "ART SINGULIER".