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GUSTAVE
MOREAU : Peintre, graveur, dessinateur, épris de
mysticisme. (Paris 1826- Paris 1898). Professeur, ses
élèves sont entre autres Adolphe Beaufrère,
Henri Matisse, Albert Marquet, Georges Rouault
qu'il influence
durablement. Il fait de nombreux voyages en Italie, pour copier les
uvres du Titien et les fresques de Léonard de Vinci.
Dessinateur prolixe, il possède à la fin de sa vie, de
nombreux dessins, photographies, livres
illustrés
Il lègue à la ville de Paris sa maison/atelier (devenue l'actuel musée) ; ainsi que l'ensemble des uvres qui s'y trouvent : un legs de 850 peintures ou cartons ; 150 aquarelles ; plus de 13000 dessins et calques. " Je lègue ma maison avec tout ce qu'elle contient un travail de cinquante années, à condition expresse de garder toujours ou au moins aussi longtemps que possible, cette collection, en lui conservant son caractère d'ensemble qui permette toujours de constater la somme de travail et d'efforts de l'artiste pendant sa vie "
Le 13 janvier 1903, le Musée Gustave Moreau est ouvert au public.
JORIS-KARL
HUYSMANS : Ecrivain français, critique d'art. (Paris 1848-
Paris 1907) Un roman, et un article sur L'Assommoir lui valent
l'amitié de Zola. Il participe au recueil collectif Les
soirées de Médan, véritable manifeste du
naturalisme.
A rebours rompt avec cette démarche. L'écrivain traverse une période satanique où se mêlent occultisme et sensualité ; puis il se convertit à la foi chrétienne liée à ses préoccupations esthétiques. Il effectue de nombreux séjours dans des monastères. Atteint d'un cancer à la mâchoire, il refuse de se soigner et meurt dans d'atroces douleurs.
Sans doute, Huysmans découvre-t-il les uvres de Gustave Moreau au Salon de 1876 ? Le peintre, violemment critiqué par la plupart des journalistes, suscite l'enthousiasme de l'écrivain : " Que l'on aime ou que l'on n'aime pas ces féeries écloses dans le cerveau d'un mangeur d'opium, il faut bien avouer que M. Moreau est un grand artiste et qu'il domine aujourd'hui de toute la tête, la banale cohue des peintres d'histoire Sans ascendant véritable, sans descendants possibles, il demeure, dans l'art contemporain, unique ".
Une véritable communion d'idées esthétiques lie alors les deux hommes. Pourtant, ils n'auront que des rapports très épisodiques. Ils ne se rencontreront qu'une fois, le 6 juin 1885, à l'initiative de Jean Lorrain.
L'exposition
actuelle, organisée à l'occasion du centenaire de la
mort de Huysmans, est la première depuis l'ouverture du
musée. Elle est conçue autour des liens qui ont uni les
deux artistes. Elle propose 70 uvres de Gustave Moreau, et les
contreparties écrites de J-K Huysmans.
L'écrivain/critique a largement contribué à
faire connaître le peintre, en particulier les Salomé.
Peu de réactions du peintre permettent de savoir ce qu'il
pensait des interprétations huysmansiennes, sauf quelques
phrases telles que : " Vous les (ses modestes inventions) avez comme
créées à nouveau de votre merveilleux et
incomparable outil ".
GUSTAVE MOREAU, CREATEUR MULTIFORME.
" Etre moderne ne consiste pas à chercher quelque chose en dehors de tout ce qui a été fait. Il ne s'agit au contraire que de coordonner tout ce que les âges précédents nous ont apporté pour faire voir comment notre siècle a accepté cet héritage et comment il en use ". Cette phrase de Gustave Moreau éclaire son uvre qui fut largement influencée par celles du Moyen-âge, mais surtout de la Renaissance (les coloris des peintures vénitiennes ; les fonds rocheux de Léonard de Vinci ou les figures endormies de Michel-Ange ). Mais il ne faut pas négliger les influences exotiques (Trésors et photographies rapportés d'Egypte ; exposition du Musée oriental en 1869 ).
Etranger
à tout réalisme, et désireux de se couper du
naturalisme, Gustave Moreau fut l'un des artistes phares du
Symbolisme qui a marqué tout le XIXe siècle. Faisant
surgir son propre univers à partir de rêves, de
souvenirs, de poésies ou d'idées mythiques,
d'allégories, de spiritualisme, etc. ; s'efforçant de
traduire " les éclairs intérieurs " qui sont en lui, il
a créé un univers tellement fantasmagorique, qu'il a
influencé des gens aussi divers qu'Oscar Wilde, Marcel Proust,
et bien sûr les Surréalistes qui, à leur, tour,
ont contribué à sa renommée.
L'uvre de Gustave Moreau ne comporte pas beaucoup de paysages, mais l'artiste qui se définissait comme " un ouvrier assembleur de rêves " peignit, à partir de 1870, de nombreuses compositions de paysages imaginaires, où les décors mi-fabuleux, mi-oniriques, l'eau, les roches avec des falaises, les pics infranchissables et les horizons clairs contribuent largement à cette définition. Toujours, Gustave Moreau sut patiemment accumuler dans sa peinture des détails empreints de mystères, de symboles et de passions cachées.



L'image
de la femme fut obsessionnelle chez Gustave Moreau. Certes, il
peignit dipe, Hercule ou Saint Sébastien
, mais la
femme y fut de tout temps omniprésente : héroïne
mythologique, biblique, antique
toujours issue du passé
(ce qui a permis à l'artiste de la peindre parfois presque
nue, alors que, fût-elle anonyme, ses uvres auraient
soulevé une levée de boucliers de la part de la
bourgeoisie bien pensante de l'époque). La femme
généralement porteuse de mort, de malédiction ;
elle-même maudite. Ainsi peignit-il Sainte Cécile,
Bethsabée, Galatée, Hélène, etc. Mais son
thème favori, repris à plusieurs époques, fut
Salomé. Salomé à propos de qui J-K Huysmans
écrivait : " Elle vivait, plus raffinée et plus
sauvage, plus exécrable et plus exquise ; elle
réveillait plus énergiquement les sens en
léthargie de l'homme, ensorcelait, domptait plus
sûrement ses volontés, avec son charme de grande fleur
vénérienne, poussée dans des couches
sacrilèges, élevée dans des serres impies
". Empruntant à Rembrandt l'expression des clairs-obscurs et
à Delacroix la couleur pour donner à son tableau tout
son mystère, Gustave Moreau peignit son tableau dans des
rouges sombres et des dorés. Ce qui fit écrire à
Huysmans que l'uvre " était chargée d'effluves
lourds de parfums ". Truffée de symboles là encore,
(une panthère noire ne s'est-elle tapie dans un coin du
tableau, parce que le peintre voulait faire de Salomé une
allégorie de la cruauté ?...). Une uvre
extrêmement décorative, beaucoup plus subversive que
toutes les représentations de ce même thème par
d'autres artistes.
Au
moment de l'ouverture du musée, en 1903, les responsables de
l'exécution testamentaire et le public furent surpris du grand
nombre d'ébauches jamais terminées par Gustave Moreau,
ce qui amena un critique à dénoncer " la maladie
actuelle de l'esquisse et de l'inachevé ". Il faudra attendre
1960 pour que l'on commence à s'intéresser à ces
ébauches. Le fait est que, de son vivant, l'artiste n'a jamais
montré nombre d'aquarelles aujourd'hui qualifiées d' "
abstraites ". Il n'a donné, non plus, aucune explication les
concernant, de sorte que leur interprétation demeure tout
à fait mystérieuse.
Néanmoins, précurseur sans le savoir d'un nouveau cycle de l'art, Gustave Moreau affirme, au terme de sa vie son bonheur de s'être enfin émancipé de l'opinion du public : " N'étant plus en goût ni de me défendre, ni de rien vouloir prouver à qui que ce soit, j'en suis arrivé à cet état bienfaisant d'une humilité délicieuse vis-à-vis de mes vieux maîtres du passé et de cette unique joie de pouvoir m'exprimer librement et en dehors de toute juridiction ". Il ose même une interprétation " tachiste " de certains oeuvres, sans toutefois se détacher des thèmes propres à la peinture d'histoire. Ainsi " La tentation de Saint Antoine " illustre-t-elle cette nouvelle démarche.
Un artiste donc, de la plus grande
originalité, d'un infini talent ; un génie du
détail dans l'art ; décrié ou encensé par
ses contemporains, difficile encore aujourd'hui à analyser. Un
créateur qui, ne détestant rien tant que " l'art de
marchand de vin " donna en toute plénitude à son art,
une dimension spirituelle. Un
être
dont la vie d'ermite fut l'absolu contre-pied de son uvre
multiforme à propos de laquelle Huysmans écrivit encore
: " Jamais, à aucune époque, l'aquarelle n'avait pu
atteindre cet éclat de coloris ; jamais la pauvreté des
couleurs chimiques n'avait ainsi fait jaillir sur le papier des
coruscations semblables de pierre,s des lueurs pareilles de vitraux
frappés de rais de soleil, des fastes aussi fabuleux, aussi
aveuglants de tissus et de chairs ".
Pour conclure voici une dernière citation de Huysmans -qui pourrait être en même temps, une sorte d'autoportrait, et qui ramène à la proximité d'idées esthétiques des deux hommes- : " C'est une nature d'exception. Un abstracteur de joies voluptueuses et de douleurs L'uvre de Moreau est indépendante du temps ". Acceptons-en l'augure.
Jeanine Rivais.
Musée GUSTAVE MOREAU 14 rue de la Rochefoucault 75009 Paris. Tél : 01.48.74.38.50. Tlj. Sauf mardi, 10h/12h45 et 14h/17h15. Métro Trinité. Bus 67, 68, 74, 32, 43, 49. Entrée 7 €. Réduit 5 €. info@musee-moreau.fr
Un magnifique catalogue très documenté accompagne l'exposition (20 €). Jusqu'au 14 janvier 2008.