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Quiconque
rencontre Loren est immédiatement conquis par son grand
cur, sa convivialité sans faille, son humour
Toutes qualités qui le font passer pour un être dont la
vie n'est que gaieté. Erreur ! Loren est un anxieux, à
la sensibilité à fleur de peau ; quelqu'un pour qui le
monde ne tourne pas comme il le souhaiterait ! Alors, depuis
toujours, il essaie de pointer du doigt (littéralement
puisqu'il ne se sert jamais de pinceau) sur des morceaux de bois aux
formats les plus hétéroclites parce que
récupérés au hasard de ses
pérégrinations, ce qui le dérange, ce qu'il
espère changer. Loren et ses peintures et sculptures
militantes, donc. Loren dénonçant les
incongruités sociales, les bavures politiques, les injustices
et les déraisons sociales
Mais Loren aussi, du fait de
son talent, dans une démarche liée non à la
seule nécessité de prouver et d'accuser, mais chez qui
la dénonciation de ces anomalies devient uvre
d'art.
Programme difficile, lorsque tout l'engagement d'un homme est contenu dans sa peinture ; qu'il doit, par elle, convaincre un monde en continuelle évolution, donc en perpétuelle différence. Loren a choisi, pour étayer ses démonstrations, d'user de la violence potentielle déployée par les animaux ; et fait se succéder et s'affronter sur ses uvres, de véritables monstres : molosses aux gueules révélant des crocs énormes, lions à la " chasse ", etc afin que leur férocité démonstrative serve de faire-valoir à sa problématique et que les grands déploiements de sang qu'ils provoquent accentuent la mise en cause des perversions humaines ! Rien de gratuit dans une telle démarche ! Mais un grand investissement personnel sans hiatus, de l'homme et de l'artiste.
Heureusement,
-peut-être est-ce le repos du guerrier ; le moment où,
épuisé d'avoir avancé l'échine raide, il
lui faut souffler un peu ?- Loren est également
créateur d'uvres de verre polychromes. Plus douces, aux
belles transparences glauques, ces créations lui apportent un
charme et une beauté que l'artiste exigeant remet sans
arrêt en cause, par peur de tomber dans l'esthétisme !
Tout en aimant l'incertitude et acceptant par avance
l'aléatoire de ce travail : mais qui pourrait penser que Loren
sera jamais inconditionnellement satisfait ? Il y a fort à
parier que, si un jour il parvient à dominer de A à Z
cette
nouvelle
création, il emploiera immédiatement ce savoir-faire
à dire " autrement " (pareillement ?) que tout n'est pas pour
le mieux dans le vaste monde
Dans l'immédiat, il crée des masques entourés de copeaux de métal, d'immenses clous/rayons de soleil, de petits personnages aux corps plats sinués de belles nuances, etc. Des uvres rayonnantes, déjà tellement personnelles ! Peut-être, après tout, si elles lui " résistent " assez longtemps, ce nouvel univers l'amènera-t-il à un peu d'optimisme ? Peut-être les uvres de Loren verrier seront-elles capables de soulager les désillusions qui accompagnent immanquablement l'attitude utopique de Loren peintre ? Qui sait ?
Jeanine Rivais