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Dès sa plus petite enfance,
Marion Hanna a peint, dessiné, plongé ses mains dans la
glaise
Mais aussi,
fillette
solitaire, elle a littéralement dévoré des
livres d'aventure, de ceux qui façonnent et emmènent
très loin les imaginaires enfantins. Ce goût pour la
lecture l'a conduite, à douze ans, à écrire
elle-même un " roman " qui, imprégné de
poésie, très personnel et d'une surprenante
maturité, était un condensé de L'Ile au
Trésor, Vingt mille lieues sous les mers, La petite fille aux
allumettes, Blanche-Neige
et autre Magicien d'Oz. Puis à
l'adolescence, côtoyant des artistes qui lui inspiraient
confiance, elle a réalisé des sculptures et des
peintures très classiques attestant au fil des années,
d'une maîtrise de plus en plus grande des matériaux.
Ainsi, ont pris corps chevaux, fleurs, jeunes filles pensives ou
femmes devant la fenêtre
Mais ce classicisme ne pouvait indéfiniment satisfaire son imagination pétulante. Il lui fallait aborder des rivages plus personnels, plus subtils. Elle a alors rejoint les millions de femmes qui, depuis la nuit des temps, ont embelli leur vie en modelant la terre, la peignant de façon à réaliser des bijoux qui les rendraient toujours plus magnifiques !
Chez Marion Hanna, cependant, le côté léger de ces réalisations n'est pas apparu d'emblée. Mystique et contemplative, elle a d'abord créé des boules incrustées de petites têtes très évocatrices ; de poinçonnages sophistiqués et fantaisistes ; ou au contraire de figures géométriques répétitives, qu'elle présentait -qu'elle présente toujours- enfilées à la manière des grains de chapelets austères entre les mains de moines rigoureux. Dans le même temps, et peut-être parce que cette maturité surprenante de l'enfant devenue une jeune fille un peu introvertie, ne lui avait pas permis de briser les carcans ; parce qu'aussi la vie lui avait imposé des déracinements trop durs et qu'en elle la symbolique des origines tenait encore une grande place, ou simplement parce qu'une sorte de coconisation lui demeurait nécessaire, elle a commencé à créer des ufs
Pourtant,
c'est à cette époque-là, paradoxalement, qu'ont,
enfin, surgi l'humour et le ludisme enfouis en elle ! Car ces
ufs sont depuis lors, déclinés en toutes
couleurs, tous aspects, écailleux, lisses, couverts d'animaux
ou de personnages ; aux contours stylisés, simplifiés
à l'extrême
Et toujours, le nez collé
dessus, l'artiste déploie son imagination pour les orner, les
piqueter d'infimes pointillés, les agrémenter de mille
constellations minuscules, les guillocher, les fleuronner, les
incruster, les carreler...
Et puisque ces ufs avaient pris des allures de bibelots précieux, pourquoi ne pas en venir à d'authentiques bijoux ? D'autant que, voici quelques années, Marion Hanna a abordé un nouveau matériau, aussi malléable que la terre, aussi fin, mais moins fragile : la résine. Est née alors une nouvelle génération d'objets : bagues, boucles d'oreilles, pendentifs Des pendentifs surtout, qui ont sollicité de nouvelles ornementations, outrepassant les traditionnelles figures souvent usitées dans cette gamme d'objets. Marquetés de pictogrammes dorés, de géométries délirantes gravées en relief autour d'une perle centrale aux allures de pierre précieuse. Longuement peaufinés, chacun unique, et suscitant bien des envies !
Bijoux dignes en tout cas d'être
portés avec les somptueux manteaux décorés par
Marion Hanna, véritables costumes de théâtre. Et
proches de ses esquisses de gemmaux destinés à orner un
jour
quelque
chapelle
Bref, cette créatrice prouve à tout
instant qu'elle possède des mains décidément
plus artistes qu'artisanes, et un goût d'une richesse et d'une
sûreté admirables. N'était-ce pas ce que
promettait déjà l'enfant qu'elle fut, inlassablement
curieuse ?
Jeanine Rivais.