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Aller un jour au cirque ! En percevoir immédiatement, si fort
l'intimité et la suggestivité gestuelle, que ce
spectacle devienne aussi indispensable qu'une drogue ! Cerner,
saisir, depuis près de vingt ans, le côté
fabuleux de vies entières consacrées à donner du
plaisir à autrui : transcoder la finesse, l'intelligence, la
convivialité d'artistes dont chaque mot doit déclencher
le rire, chaque geste faire palpiter les curs, chaque salut
générer le rêve !
Tel est le cas de Paule Garrigue, dont l'uvre picturale s'attache non pas à " décrire " un contexte, cadrer un environnement aussi pittoresque soit-il ; mais à traduire la fluidité d'un déplacement, le petit geste de l'instant, la stature liée à la définition d'un rôle. Cette artiste passionnée s'est faite la mémoire du cirque, des cirques, des grandes familles du cirque dont elle connaît les généalogies, les liens familiaux, les caractères personnels et ludiques, les ambitions, les défauts ou les qualités extrêmes
Rien, en effet, n'échappe à sa soif de
témoigner. Son regard peut s'attarder sur la vulgarité
d'une godasse éculée, sur la délicatesse et la
force d'une main nerveuse lovée autour d'une attache ; sur la
dérision d'un faciès gouailleur ou le tragique, d'un
front bandé par l'effort : car Paule Garrigue ne peint ou ne
dessine qu'in situ, imprégnée des bruits et des odeurs,
tout au bord de la piste
Et, dès que son esprit " tient
" le caractère spécifique de tel personnage, la
quintessence de telle attitude
vite, la main les projette sur
la toile ou le papier, traduisant le bouleversement qu'elle a
ressenti. Crayonnage rapide, sur un geste d'une seconde ; peinture
instantanée sur une posture provocante
les yeux parfois
embués de larmes lorsque la musique ou le silence portent le
frisson vers de tels paroxysmes que le parterre entier est tout
là-haut suspendu avec le trapéziste
ou dans la
cage avec le dompteur, si près, tout près de la
mort
Une uvre souvent linéaire,
expressionniste parfois ; attestant d'une curiosité devenue
étonnement,
d'une
amitié devenue éloquence ! L'uvre d'une dame qui
a su entrer dans l'univers de gens eux-mêmes créatifs, "
différents " et pourtant proches ; d'une culture extrême
ou possiblement analphabètes, mais toujours royaux ; le
travail d'une artiste démontrant sur sa toile comme eux sur la
piste, que lorsque résonnent les trois coups, la passion entre
en scène ; et que, jusqu'au dernier rappel, le cur et le
talent sont là !
Jeanine Rivais.
"Paule Garrigue et sa fille Joséphine, en compagnie d'Alfred Pauwels, dit "Pépète". Quelques jours plus tôt, Marquis disait : "Mon père a un coeur de dix-huit ans. Si je lui dis : 'Papa, on part demain pour les Etats-Unis, faire une ville-un jour', je suis sûr qu'il va me répondre 'd'accord, on part'... Mais Pépète a entrepris un tout autre voyage, le 10 mai 1989".
Les illustrations sont extraites de " PAULE GARRIGUE CIRQUES ", publié aux Editions Atlantica-Séguier, 18 allée Marie Politzer, 64200 Biarritz. Tél : 05.59.52.84.00. Ou : Paris, 3 rue Séguier. Tél : 01.55.42.61.40.