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Toute
sa vie, Muguette Bastide a été concernée par les
problèmes de société. Fouisseuse, incapable de
se satisfaire d'une relation faite par d'autres, elle est
allée in situ, voir ce qui se passait de par le monde. Et
dessiner ce qu'elle y voyait : Ainsi, a-t-elle dénoncé
en Allemagne la montée du fascisme, en Israël les
massacres d'Hébron, ici des destructions, ailleurs des
ostracismes, etc.
Muguette Bastide, donc, en quête permanente de l'Homme. Mais pas l'homme dans ses attitudes conventionnelles ou ses sophistications civilisatrices : l'homme et ses instincts, ses analogies avec l'animal. Dans ce but, elle ne peint que " des trognes " burinées par l'âge ou le vent, des personnages grossièrement habillés, dont les vêtements laissent saillir des mains rugueuses ; les cols ouverts, des tendons bandés ; les jupons retroussés sur des genoux et des cuisses cabossés de cellulite Elle saisit en mouvement des paysans avançant corps arc-bouté derrière leur troupeau ; s'attarde sur l'immobilité d'êtres assis, dos voûtés et épaules tombantes, leurs soucis gravés sur leur visage ; s'arrête sur d'autres, nus, tassés, recroquevillés comme les bêtes qui ont mal
Tout cela dessiné au crayon ou à l'encre de Chine, peint sur papier, aquarelles ou gouaches, ou sur toile, huile ou pastel, voire techniques mixtes afin de multiplier les nuances chaque uvre s'organisant autour du sujet central, à partir duquel l'artiste équilibre le reste de la toile. Jamais un trait net, elle commence par une succession de coups de pinceau ou de crayon, les fait se chevaucher, revenir, circonscrire la silhouette qu'elle a en tête Elle passe dessus des teintes claires et douces, les fait cohabiter avec des noirs épais, ajoute des bleus ou des rouges vifs de sorte que l'uvre terminée est toujours haute en couleurs directes, violente !
Tout de même, au bout de ce demi-siècle de révolte intérieure, sociale et politique, peut-être Muguette Bastide souhaite-t-elle atténuer un peu cette violence ? Récemment, sont nés de nombreux paysages comme si maintenant son environnement la concernait. Les couleurs des portraits se sont faites plus nettes, plus tendres, comme si la main de l'artiste prenait la peine de les caresser, comme si elle se rapprochait psychologiquement de ses personnages : de petites coquetteries sont apparues, tels ces nuds dans les tresses d'une Fillette sur fond bleu des complicités se sont nouées où des couples conversent dans les fauteuils d'un salon Maroc, où des " gens " sont groupés autour d'une table (Fierville les Mines), où des têtes se serrent en une chaude intimité (Rwanda), etc.
Faut-il en conclure que, sans quitter les thèmes qui lui sont chers, Muguette Bastide s'est attendrie, a pénétré au lieu de se contenter de les dénoncer, au cur même des souffrances, des bonheurs, du quotidien de l'Homme ? Il semble bien que oui. Pourtant, aucun hiatus : cette " nouvelle vague " est venue tout naturellement se ranger sur les cimaises aux côtés de la création que l'on pourrait désormais qualifier d'" historique ". Aussi prolifique que son " aînée ", bien sûr, car cette artiste a tant et tant à dire !
Jeanine Rivais.
Ce texte a été écrit en 1999.

VOIR AUSSI " EXPRESSIONNISME ET MILITANTISME DANS L'UVRE DE MUGUETTE BASTIDE PEINTRE ", Rubrique ART CONTEMPORAIN ;